L'époque où les assistants devaient se contenter d'écouter et d'exécuter des ordres est révolue ! Nous savons désormais que pour s'épanouir professionnellement et contribuer à l'efficacité de leur organisation, les assistants doivent prendre leur place, s'exprimer et voir au-delà de leur fiche de poste.
Anticiper l'avenir
Cependant, alors que l'ombre de l'IA (intelligence artificielle) plane sur certaines tâches administratives, penchons-nous sur la manière de suivre l'évolution de notre métier.
L'une des clés pour anticiper et élargir le champ des possibles consiste à remettre les choses en question, à proposer un point de vue alternatif et à déceler ce qui échappe aux autres. Malheureusement, nous constatons trop souvent qu'une seule option est envisagée lors de la prise de décision. Bien que cette option soit privilégiée et mûrement réfléchie, elle peut mener à une erreur si tous les critères ne sont pas pris en compte. C'est là que le rôle du « Challenger » devient essentiel.
Qu'est-ce qu'un Challenger ?
Selon le modèle de l'autonomisation dynamique (Dynamic Empowerment), un Challenger est un « provocateur courageux qui bouscule le statu quo ». C'est un révélateur de vérité qui exprime son instinct avec la fraîcheur et la franchise qui le caractérisent. Il perçoit naturellement les failles dans une vision stratégique et n'hésite pas à les souligner, car il est tourné vers l'amélioration et la croissance. Le Challenger est un bâtisseur dans l'âme, même s'il lui arrive de secouer les personnes et les habitudes jusqu'à créer un certain chaos.
Le Challenger ne sait peut-être pas exactement comment la vision se concrétisera, mais il identifie immédiatement tout manque d'alignement avec les objectifs visés, grâce à sa capacité à prendre de la hauteur et à comprendre où la vision peut mener l'équipe. En réunion ou en groupe, c'est généralement lui qui apporte une perspective différente ; il peut participer activement à la discussion ou intervenir avec une idée alors qu'il était resté silencieux dans un coin.
Ainsi, si vous cherchez constamment à voir la situation dans son ensemble et à questionner le « comment » et le « pourquoi » des choses, vous êtes peut-être un Challenger.
Toutefois, cette attitude consistant à « tout remettre en question et à avoir toujours raison » peut agacer votre entourage. Surtout ceux qui manquent de confiance en eux et qui ont investi beaucoup de temps et d'énergie dans un projet que vous critiquez après seulement trente secondes de lecture. Les Challengers doivent donc apprendre à formuler leurs messages de manière à ne pas blesser, tout en délivrant un feedback constructif avec franchise.
Comment incarner le rôle de Challenger
Vous vous reconnaissez dans cette description ? Vous êtes peut-être un Challenger ! Vous pensez peut-être que cette capacité à prendre de la hauteur et à questionner est un talent inné. C'est vrai, mais même si ces aptitudes ne sont pas naturelles chez vous, vous pouvez apprendre à acquérir certains traits du Challenger.
1 Remettre en question le statu quo
Il s'agit simplement de ne rien prendre pour acquis. Vous pouvez remettre en question un protocole, une mise en page ou une stratégie si vous maîtrisez votre sujet. Ne vous limitez pas à reproduire ce que faisait votre prédécesseur ou à exécuter strictement les tâches de votre fiche de poste. Portez un regard critique sur vos missions et demandez-vous d'abord si ce que vous faites est efficace, rapide, intelligent et logique.
2 Prendre de la hauteur
C'est la capacité à élargir votre perception des faits et du temps. Cette aptitude est merveilleusement illustrée par la fable des trois tailleurs de pierre :
Un jour, un voyageur qui empruntait un chemin croisa trois tailleurs de pierre travaillant dans une carrière. Chacun était occupé à tailler un bloc de pierre. Curieux de savoir sur quoi ils travaillaient, il demanda au premier ce qu'il faisait. « Je taille une pierre ! » répondit-il. N'étant pas plus avancé, le voyageur se tourna vers le deuxième et lui posa la même question. « Je taille ce bloc de pierre pour m'assurer qu'il soit bien carré et que ses dimensions soient uniformes, afin qu'il s'insère parfaitement dans le mur », répondit-il. Un peu plus proche de comprendre le travail des tailleurs mais toujours dans le flou, le voyageur s'adressa au troisième. Il semblait être le plus heureux des trois et, lorsqu'on lui demanda ce qu'il faisait, il répondit : « Je construis une cathédrale. »
Les trois tailleurs faisaient la même chose, mais chacun a donné une réponse très différente. Tous savaient comment faire leur travail, mais ce qui distinguait le troisième, c'est qu'il savait non seulement comment et quoi faire, mais aussi pourquoi. Il était capable de voir la cathédrale dans son ensemble, et non seulement ses composants. Il avait la capacité de donner du sens à son travail, au-delà des tâches quotidiennes évidentes. Il comprenait qu'un héritage perdure, que ce soit dans la pierre d'une cathédrale ou dans l'impact laissé sur autrui.
3 Avoir du courage
Un Challenger est un provocateur courageux. J'apprécie cette citation d'Aristote : «Le courage est le juste milieu entre la peur et l'audace.»
J'aimerais partager avec vous une petite expérience personnelle. Dans la vingtaine, je pratiquais le karaté et j'ai un jour participé à l'arbitrage d'une compétition que nous avions organisée. J'étais assis sur ma chaise, en angle par rapport au tatami, un drapeau dans chaque main – un rouge et un bleu. J'observais un karatéka ceinture noire effectuer son kata (enchaînement de mouvements). C'était la demi-finale et ils concouraient par paires. Le premier avait déjà terminé ses mouvements et, bien que peu brillant, n'avait commis aucune erreur. Soudain, le second a fait une erreur, une erreur qui l'éliminait automatiquement. Lorsqu'il a terminé, nous avons dû voter avec nos drapeaux. J'ai spontanément désigné le premier comme vainqueur, bien qu'il fût moins technique et moins percutant que le second. Mais j'ai alors remarqué que chacun des trois autres juges avait levé le drapeau de l'autre couleur. Je me souviens m'être senti très mal à l'aise ; d'une part parce que personne d'autre n'avait vu cela, et d'autre part parce que je me suis soudain demandé si moi, ceinture bleue, j'avais réellement vu cette erreur. Quelque temps plus tard, au cours de la compétition, un autre juge principal, qui avait vu le vote, est venu me voir pour me dire que j'étais le seul à avoir eu raison et qu'il avait veillé à ce que justice soit rendue au premier concurrent.
Et vous ? Exprimez-vous pleinement votre contribution au sein de votre entreprise ? Vous faites-vous entendre comme il se doit et de la bonne manière pour aider les autres à prendre les décisions appropriées et à adopter les mesures nécessaires à l'efficacité et à la réussite ?
4 Apprivoiser l'incertitude
Dans le triangle dramatique de Karpman, le Challenger est l'antidote positif au rôle de Persécuteur. En étant à l'aise dans les situations nouvelles et concentré face à l'incertitude, le Challenger peut générer des réponses créatives et diversifiées. En étant capable de ressentir et d'exprimer naturellement différents points de vue, le Challenger élargit le champ de la pensée binaire « bien ou mal ».
Conclusion
Je pense que chaque entreprise et chaque équipe a besoin d'un Challenger pour conserver un regard neuf sur la marche des affaires. Un Challenger peut empêcher les collaborateurs de sombrer dans une routine quotidienne synonyme de manque de motivation, d'incompétence et de mauvaise gestion.
Auteur : Anouk Silvestrini
Source : Executive Secretary Magazine


